24 août 2008
PREMIER BEST OF SUR EQUIDIA ET JUMP ! SPECIAL
Ce dimanche soir à 20H45, les moments les plus forts des JO son au programme d'Equidia ! Un "Best Of" préparé par Yann Fournis : il revient sur les trois disciplines qui ont sacré leurs champions sur la magnifique piste de Sha Tin... Rediffusions lundi à 18H30 et mercredi à 11H.
Et puis l'équipe de JUMP ! consacre une émission en direct, mardi à 18H30, aux Jeux Olympiques, avec Nicolas Touzaint, Didier Dhennin et Marc Boblet comme invités. Kamel sera en plateau lui aussi pour revenir sur ces Jeux Olympiques... Plus de détails et les horaires des rediffusions sur le site www.equidia.fr
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DEUX TYPHONS POUR LE PRIX D'UN
On attendait Nuri, typhon météorologique annoncé sur Hong Kong. Mais on a eu en prime cette annonce soudaine de la "suspension provisoire" de quatre cavaliers dont les chevaux ont été contrôlés positifs, ce qui a constitué un sacré coup de tonnerre, et un bien gros nuage, pas près de se dissiper dans le ciel des sports équestres...
Les tests ont eu lieu lors de la Coupe des nations. Au moment de l'annonce, 15 prélèvements avaient été effectués sur des chevaux de saut d'obstacles, et 4 d'entre eux étaient donc positifs, ce qui représente un pourcentage énorme. La Fédération équestre internationale se vante d'avoir commandité plus de contrôles que lors des olympiades précédentes, mais on observe tout de même qu'à peine 60 chevaux sur 200 ont été testés, et qu'un cheval par équipe médaillée seulement était prélevé (sang et si possible urine). C'est assez peu, finalement... Même si la FEI a eu le courage de réagir à chaud, de rendre la chose publique, de s'expliquer, et d'empêcher les cavaliers de concourir dans la finale individuelle, ce qui n'est pas rien.
Des mois en amont des Jeux, les organisateurs avaient pourtant pris la peine de communiquer au sujet de ces contrôles, histoire de mettre tout le monde en garde, les prélèvements étant examinés au sein du laboratoire du Hong Kong Jockey Club, qui est certainement le plus pointu au monde... Mais apparemment le message n'a pas été reçu cinq sur cinq. Jusqu'à preuve du contraire, ou une éventuelle annonce de nouveaux cas positifs chez les sportifs humains, l'équitation a donc la médaille d'or peu enviable de "sport le plus dopé des JO". Et vraiment, on n'avait pas besoin de cela...
Les rédactions des médias ont immédiatement réagi à la nouvelle et demandé des articles, des infos. Pensez donc, Denis Lynch, grand favori pour l'or individuel, Tony-André Hansen dont le cheval n'avait pas touché une barre depuis le début des Jeux, Bernardo Alvez, très performant au niveau mondial avec son Chupa Chup, et Christian Ahlmann pour l'Allemagne ! Aucun second couteau dans ce bataillon.
Je n'aimerais pas être une journaliste irlandaise... Imaginez : Cian O'Connor, le Champion olympique 2004, disqualifié pour dopage. Jessica Kuerten, fer de lance des Irlandais, qualifiée pour les JO mais empêtrée dans une affaire de dopage elle aussi. Denis Lynch va aux Jeux grâce à la place qualificative gagnée par Jessica, et paf, le voila privé de finale individuelle, pour quoi ? Pour dopage...
Et la Norvège qui va probablement perdre sa médaille de bronze, première médaille olympique en saut d'obstacles dans l'histoire de ce pays...
Et l'Allemagne, qui a été rétrogradée de l'or au bronze en 2004, suite au contrôle positif du Goldferver de Ludger Beerbaum, et qui maintenant a le cas du Coster de Christian Ahlmann...
Les Irlandais ont donné une conférence de presse au début de la seconde manche de l'individuel. C'est très symbolique, cela montre comment d'un coup, l'intérêt est passé du sport qui se jouait en piste à ses coulisses sombres. Denis a expliqué que le problème venait d'une pommade dont il se servait pour masser le dos de son cheval, et contenant de la Capscaïne, la fameuse substance dérivée du "chili pepper" trouvée dans les analyses de Lantinus et des trois autres chevaux. Il a produit le pot de crème, et les journalistes ont été invités à s'en passer sur les mains pour constater qu'elle n'était pas irritante. Pathétique. Car que le contrôle positif de Lantinus s'explique uniquement par l'utilisation de cette pommade ou pas, la Capscaïne est un produit interdit, point à la ligne ! Triche ou amateurisme auront les mêmes conséquences catastrophiques pour le sport.
On imagine souvent le vil journaliste se réjouissant d'avoir un bon petit scandale à se mettre sous la dent. A Hong Kong, la salle de presse était surtout remplie de passionnés, d'amoureux de ce sport, effondrés. La tête de mon ami suisse Alban Poudret, auquel une radio demandait déjà de participer à une émission axée sur les questions de dopage ! Tout le monde s'est d'un coup éloigné du suivi de la compétition pourtraiter les dernières informations concernant le dopage. J'envoyais moi-même à Equidia les traductions des interviews du clan irlandais. A chaque parcours de barrage pour la médaille de bronze, on se pressait devant les télévisions pour ne pas tout louper, tout de même ! Et puis à un moment je me suis dit : "Merde ! tu te rends compte que tu es en train de passer à côté de la finale individuelle des Jeux Olympiques à cause d'une saloperie de pommade???" J'ai couru jusqu'aux tribunes pour savourer les parcours de Rolf-Goran Bengtsson et Ninja, puis d'Eric Lamaze et Hickstead... Quel barrage, quel podium, quelle joie de voir triompher ce cavalier francophone ! Et quelle hiérarchie respectée malgré tout, avec Beezie Madden médaillée de bronze, Meredith Michaels quatrième, juste devant Rodrigo Pessoa....
09:48 Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note
HOME SWEET HOME !!!
Ouh, nous voici enfin de retour à la maison ! Le typhon Nuri nous a joué des tours, son oeil colérique passant en plein sur Hong Kong. Impossible de faire décoller des avions, notre vol prévu vendredi matin a donc été annulé et nous nous sommes retrouvés consignés à l'hôtel, tous volets clos, en attendant des jours meilleurs. Dans un premier temps notre équipe à Paris n'avait pu nous trouver un vol de retour que lundi soir à 23H30, ce qui nous a énormément démoralisés. Mais ils n'ont pas lâché prise et vendredi en début de soirée, la bonne nouvelle est arrivée : nous avions quatre places pour le lendemain, sur un Hong-Kong/Zurich, Zurich/ Paris ! On en pleurait presque de joie. Sur un événement comme les Jeux Olympiques, autant les efforts que l'on produit sur le moment sont indolores et même grisants, autant une fois le dernier podium passé, on est avide de retrouver nos vies, notre quotidien délaissé qui nous semble soudain la chose la plus appréciable en ce bas monde ! D'autant qu'avant même de partir sur Hong Kong, Kamel et moi avions énormément bossé sur une émission spéciale JO diffusée le 3 août, qui avait focalisé toute notre attention et notre énergie durant la semaine précédente.
Pour la petite histoire, nous avons failli manquer cet avion du retour. Nous sommes pourtant arrivés à l'aéroport quatre heures en amont, car nous savions qu'il serait difficile vu les circonstances de faire enregistrer nos plus de 200 kilos de bagages. De fait nous étions les premiers au comptoir de Swiss Air ! Si tôt que le numéro de porte où trouver l'avion ne figurait pas sur nos cartes d'embarquement. Comme l'aéroport était noir de monde, à cause des centaines d'avion annulés les jours précédents, et qu'au comptoir on nous avait prévenus d'un retard très probable, nous attendions tranquillement face à un tableau l'information que notre vol s'affiche (sachant qu'ils ne font aucun appel au micro dans cet aéroport). Je ne sais pas trop pourquoi, j'ai eu l'idée de regarder sur internet si je trouvais plus d'informations... Et là, j'ai vu avec horreur en face de notre numéro de vol : "final call, gate 31" (dernier appel, porte 31) ! Nous sommes partis au grand galop vers la fameuse porte, en un rafale que n'aurait pas démenti le typhon Nuri ! Et qu'elle était loin, la porte 31, alors que nous avions encore nos ordinateurs et la caméra en bandoulière, qui nous ralentissaient !
En fait le vol ne s'était jamais affiché sur les tableaux lumineux saturés, mais les voyageurs passés à l'enregistrement après nous avaient, eux, le numéro de porte sur leur carte d'embarquement. L'avion n'attendait donc plus que nous pour décoller, et ce depuis une bonne demie-heure ! Swissair avait commencé à débarquer nos bagages, mais comme il y en avait une bonne quinzaine, cela demandait un certain temps, et nous avons donc pu sauter dans l'avion, essoufflés mais sauvés ! Je vous passe l'air grognon (à juste titre...) du cavalier suisse Beat Mandli et des autres passagers... Après vingt-quatre heures de voyage porte à porte, nous sommes donc de nouveau Français. Ce qui est incroyable, c'est la façon dont nous nous sommes détendus au fil du voyage, retrouvant notre sourire, notre humour, au fur et à mesure que l'Europe se rapprochait... Très heureux de partir aux Jeux, encore plus peut-être de rentrer...
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21 août 2008
SERONS PEUT ETRE EN RETARD POUR DINER...

Aie aie aie, ils annoncent un nouveau typhon, ici à Hong Kong. Nuri se balade pour l'instant à six cent kilomètres de nous et progresse au rythme pépère de quatorze km/h. Ici tout est rodé et très bien organisé, un petit typhon c'est la routine... Nous devrions donc passer du niveau 1 au niveau 3 d'alerte ce soir, en espérant que la compétition ne sera pas perturbée par de fortes pluies et du vent... Et que nous pourrons sauter dans notre avion demain. Tout dépend de l'humeur de Nuri... Une petite colle en passant : quelle différence entre un typhon et un ouragan ? Aucune, "typhon" étant le terme employé dans la région Pacifique, et "ouragan" son équivalent par chez nous...
20 août 2008
LENDEMAIN DE FETE

Drôle de show donné hier soir à l'hôtel de la presse (hôtel du monde entier, en vérité, puisque la plupart des cavaliers y logent). Les "dresseuses" Heike Kemmer et Isabell Werth, médaillées de bronze et d'argent, dansaient et chantaient avec Anky Van Grunsven, Championne olympique. Un tableau pour le moins étonnant, quand on connaît la rivalité sportive d'Isabell et Anky ! L'assistance était elle aussi assez cosmopolite, mais avec un avantage visuel aux Hollandais, tout de orange fluo vêtus, avec perruques, boas à plumes et tout le tralala. Depuis le début des JO, les Pays Bas ont établi leur "quartier général" au premier étage de l'hôtel, dans un bar qu'ils ont loué et paré de leur(s) belle(s) couleur(s). Ils s'y rassemblent et y reçoivent sponsors et journalistes. L'endroit est sponsorisé par une marque de bière, et depuis le premier jour des Jeux, on n'avait pas eu beaucoup l'occasion d'y sabrer le Champagne, entre la cinquième place de l'équipe de CSO (Championne du monde et d'Europe en titre...) et la médaille d'argent de l'équipe de dressage (très belle certes, mais ils voulaient gagner !)
Hier soir l'ambiance était donc au rattrapage de fêtes en retard, et le fait qu'Anky soit devenue la première cavalière toutes disciplines confondues à cumuler trois titres olympiques méritait bien une nuit blanche. Je pouvais presque sentir mon lit trembler au rythme des "boum-boum" tonnés par les enceintes, quatre étages au dessous de moi. "Anky et Isabell bras dessus-dessous, et qui dansent, en plus, c'est tout de même incroyable", me disais-je du fond de mon lit à bascule. Je pensais à ces Hollandais, pas épargnés eux non plus par la malchance. Comme les Français en complet, ou les Anglais en saut d'obstacles, ils ont perdu deux de leurs pilotes les plus solides, Jeroen Dubbeldam, le Champion olympique 2000, et Albert Zoer, qui s'est fracturé la jambe au lendemain du concours d'Aix la Chapelle, en juillet. C'est tellement rageant de ne pas les voir, son incroyable Okidoki et lui, dans la finale individuelle demain ! Je serai postée en sortie de piste pour réaliser les interviews, et Kamel au micro avec Jean-Maurice Bonneau. Je sais qu'ils feront un super tandem. Quant à moi, qui ai terminé par la Reprise Libre en Musique mes commentaires olympiques, je me sens un peu vide. Je subis toujours ce flottement-là lorsque je m'investis à fond pour un projet, en l'occurrence ces Jeux Olympiques, et qu'une fois l'échéance passée, il faut tourner la page. Aujourd'hui, pour la première fois depuis le début des JO, une fatigue lourde m'est tombée sur le dos, et je sais ce qu'elle veut dire : l'effort est fini, mais la fête aussi, l'heure est au retour à la normale. Je suis heureuse de rentrer chez moi, de retrouver les miens, mais il n'empêche... un petit air de Blues me trotte dans la tête. Avant de reprendre le galop pour poursuivre d'autres rêves et d'autres objectifs, j'ai toutefois une belle finale à savourer demain. L'ultime cadeau que me fera Hong Kong.
20:27 Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note
19 août 2008
A VOS ZAPETTES !

Demain c'est relâche, ici à Hong Kong ! Le premier jour de repos depuis le début des JO, ce qui signifie pour nous "décompression" et balade... Mais pas pour vous. Yann Fournis vous a préparé, à partir des images et interviews que nous lui avons envoyées, un condensé du meilleur de ces JO jusqu'à présent... C'est à dire avant la finale individuelle de jeudi. C'est à 18H30 et 23H30. D'autre part, dans le Journal Olympique (12H30 et 23H15) il y aura notamment une interview de Ben Maher, pour ceux qui se posent des questions sur ce jeune prodige !!!
JUST MAGIC !

La Coupe des nations, hier, était juste un régal. La vivre en direct au micro, quel bonheur ! Nous avons vite constaté, Jean-Maurice Bonneau et moi-même, que les Allemands ne parviendraient pas à remonter, eux qui s'étaient qualifiés in extremis pour le second tour, avec une huitième place ex-aequo. Que leur est-il arrivé ? Ont-ils eu tort de faire voyager les chevaux aussi tôt, un mois avant l'épreuve ? En dehors d'une éventuelle fatigue inhérente au climat, je trouve que leurs montures étaient étrangement coincées, fâchées, peu coopératives. On en a vu deux refuser, tout de même...
Mais la compétition était si haletante que personne ne s’est attardé sur le sort d’une équipe malheureuse, fut-elle la Manschaft. L’histoire olympique est sans pitié, comme la foule d’une arène, elle cherche ses héros et n'aime pas les perdants.
La vérité, l’énergie étaient ailleurs, du côté du Canada. Une équipe amputée de son premier cavalier, l'expérimenté Mac Cone, dont le cheval, boiteux, n’a pu prendre le départ. Jill Henselwood s’élançait donc en premier avec son Special Ed. Jill est un petit bout de femme au regard bleu timide, les épaules toujours contractées par le stress : une souris sur l’épaule des trois gaillards du Canada. On avait peur pour elle, qui était passée la veille complètement à côté de son tour : dix-huit points, un chemin de croix !
Sur l’écran géant on a vu la petite Jill inspirer un grand coup, remonter ses mains sur ses rênes, embrasser d’un regard le parcours, puis lancer Special Ed vers le numéro un. Sans faute ! Le premier sans faute dans le temps, en une trentaine de cavaliers ! Jill a donné une grande claque au coquin de sort et aux statistiques. En conférence de presse, « Mister Canada », dont c’était la neuvième olympiade, a commencé par se présenter : « Ian Millar, vingt et un ans ! » L’homme, qui en a quarante de plus en vérité, mais une classe sans ride, a expliqué qu’après ce parcours de Jill, ils n’imaginaient même plus, Eric Lamaze et lui, ne pas être à la hauteur. Ce sentiment étrange, immatériel, qu’on nomme esprit d’équipe, a fait son drôle de travail, tissant secrètement, sans qu’on sache bien comment ni pourquoi, l’étoffe du succès.
Si vous nous êtes fidèle vous avez savouré le premier barrage de l’histoire olympique pour l’attribution d’une médaille d’or, qui a opposé les Etats-Unis et le Canada, frères ennemis d’Amérique du Nord. Les « States » de Mclain Ward partaient avec un sacré avantage, puisqu’ils étaient quatre cavaliers, face aux trois Canadiens, et l’ont logiquement emporté. Leur deuxième titre olympique consécutif a une toute autre saveur que celui d’Athènes, où les Etats-Unis n’avaient gagné que sur tapis vert, après la rétrogradation de l’équipe d’Allemagne (contrôle positif du cheval de Ludger Beerbaum). « Depuis quatre ans on nous parlait, avec pas mal d’injustice à mon avis, de la façon dont nous avions obtenu la médaille d’or d’Athènes. Sur celle-ci au moins, il n’y aura pas de débat », a tranché Mclain Ward.
Comme lui, les trois pilotes du Canada vont poursuivre leur route. Jeudi, on les retrouvera, on les commentera dans la finale individuelle. Ian, vainqueur des Coupes du monde 88 et 89 avec le légendaire Big Ben, affichera ce calme matiné de décontraction qui le caractérise. Jill aura probablement la tête encore un peu plus rentrée dans les épaules. Et Eric Lamaze restera Eric Lamaze, homme au charme ravageur, au regard étonnant d’intelligence, un peu cabossé par la vie, mais favori grâce à son petit très grand cheval, le dénommé Hickstead.
Céline
17 août 2008
PETITE FILLE
J'ai beau naviguer dans le milieu du cheval depuis plus de quinze ans, et m'être baladée durant tout ce temps-là sur les terrains de concours, j'ai beau aimer plein d'autres choses dans la vie... Ce moment où je pose le pied sur une piste de Championnats du monde ou de Jeux Olympiques pour marcher le parcours demeure toujours aussi intense.
On entre sur la piste et c'est comme si elle nous happait. C'est un vertige, un trou d'air. Tout le monde avance à grands pas vers le numéro 1, en un mouvement grégaire, ce qui m’évoque l’image de petits avions de chasse filant à vive allure sur un écran de jeu vidéo. Plus on avance et plus les tribunes deviennent impressionnantes, pour se dresser enfin, immenses et menaçantes, en gigantesques sentinelles. Le terrain se révèle bien plus grand que prévu, on n’en discerne plus vraiment les limites, on est un peu perdu. Les obstacles sont majestueux, uniques, Cavaliers, Tours et Rois d'un immense jeux d'échecs. Et les « pilotes », dans cette dimension-là, n’ont pas la même tête que d’habitude. Leur tenue est d’un blanc immaculé, leur front barré d’une ride, ils marchent côte à côte d’un même pas mécanique, comptent les foulées, s’arrêtent, regardent autour d’eux, comptent à nouveau. Ils n’ont pas, contrairement à l’accoutumée, la plaisanterie facile. Et puis la cloche sonne et les fait disparaître, en un seul flux, comme d’un coup de baguette magique. C’est l’heure pour moi de m’installer au poste de commentaire. Je regarde les cavaliers d’en haut, bien sûr, mais sans les toiser pour autant. Je mesure bien ce qu’eux et leurs chevaux vont devoir affronter dans cette quatrième dimension où je n'étais qu'invitée. Je plains les montures qui s’écrasent dans un oxer parce que leur cavalier s’est trompé. Je savoure les tours merveilleux des Rodrigo Pessoa (le seul à avoir casé cinq foulées de son Rufus entre le mur N°9 et l’oxer suivant, et avec quelle fluidité !), Eric Lamaze et Hickstead (quelle énergie, quelle volonté !), ou encore Edwina Alexander/Itot du Château (une équitation si subtile !). On est éternellement une petite fille, finalement, quand on a la passion.
Céline
16 août 2008
FAIS TOMBER LA VESTE !

Nous sortons de quatre heures et demie de commentaires du Grand Prix Spécial de dressage, et le moins que l'on puisse dire, c'est que nous sommes vidés. Certes, nous avons vibré, Serge Cornut et moi-même, lors des reprises de Marc Boblet (le réserviste qui termine meilleur français, 21e !) et d'Hubert Perring. Nous avons admiré le travail d'Isabell Werth (en tête devant Anky Van Grunsven malgré une grosse désobéissance de Satchmo, qui lui a valu des 0 et des 1, et fait baisser sa moyenne de 83 à 74 !) mais bon Dieu que c’était long... Les tribunes étaient pleines au départ, toutes vides à l'arrivée : personne pour voir passer les reines de la discipline, leur entrée se faisant tout à la fin, dans l'ordre inverse du classement, pour résumer. Bien sûr, à Londres ou Berlin le dressage aurait plus d'audience, mais tout de même... combien de spectateurs tiendraient aussi longtemps, dans une ambiance aussi morne ? Et je vous passe la musique de fond merdique, un CD tout pourri qui tournait en boucle, que nous avons eu vingt fois dans les oreilles, qui me donnait des envies de meurtre. Une soupe musicale et un bourbier sportif.
Quel avenir olympique pour cette discipline, avec des reprises de GPS longues de huit minutes, ce qui nous fait vingt-cinq fois huit minutes, plus les pauses, et pour quoi au juste, sportivement ? Trop long pour les télés généralistes, évidemment, sans compter les explications scientifiques à fournir au téléspectateur : non, on de distribue pas de médaille après le GPS (mais lors des Championnats du monde, si !). Il sert juste à distinguer les quinze meilleurs, qui se qualifient pour la Reprise Libre en Musique. Mais en même temps ça compte quand même, puisque à la fin on fait la moyenne des notes obtenues sur le GPS et la RLM pour établir le score final… Lorsque je travaillais à l’Equipe TV, je passais mon temps à expliquer à mes collègues non-initiés aux sports équestres les subtilités des règlement qui, en plus d’être compliqués, ont le bon goût de changer à chaque grosse échéance. Le saut d’obstacles n’est pas en reste sur ce point. Mes tentatives pédagogiques étaient souvent anéanties par un : "tu nous emmerdes avec tes bourrins !" Ici, c’est hallucinant : la majorité des journalistes appartient à la presse spécialisée. Ce sont des connaisseurs, avec souvent plusieurs olympiades à leur actif. Vous devriez les voir, la tête penchée dans le règlement des épreuves, en train d’essayer de bien saisir le truc nouveau ! J’imagine les commentateurs des télés qui ne diffuseront que la RLM : ils devront expliquer au téléspectateur que oui, c’est une finale, mais que la note de l’épreuve n’est pas la vraie note pour autant, puisque la vraie note est une moyenne entre ceci et cela, et patati, et patata... En natation, en athlétisme, ça n’existe pas… Pourquoi ne pas programmer qu’un Grand Prix pour le titre par équipe, et une Reprise en Musique avec éventuellement un peu plus de partants pour le titre individuel ? Les chevaux, qui ruisselaient ce soir en sortie de piste (30°, 65% d'humidité) et qui pour quinze d'entre eux vont "rempiler" mardi, nous diraient merci.
Nous étions évidemment les seuls à avoir une caméra en sortie de piste tout au long de la soirée. Pas un journaliste allemand ni hollandais en vue. Fix et Kamel m’ont maudite ! Je me dis que si même moi, passionnée par les sports équestres, qui vis l’événement sur place, en connaissant ces chevaux et ces cavaliers, je m’ennuie, c’est que l’heure est grave. Que dire de la presse locale, absolument pas familiarisée à l’équitation avant ces JO ? Les titres des articles donnent à peu près cela : « Le dressage, c’est l’ennui » ou « On nous avait pourtant dit que c’était du sport ! »
Le dressage est décidément une discipline immobile, comme la tenue de ses cavaliers, qui semble tout droit sortie d’un film d’époque. Quel gâchis, alors que le travail des pilotes est si fin, l’effort des chevaux si beau ! Mais toute cette grâce, ce mérite, cette performance ne sont pas mis en valeur. Les cavalières ressemblent à des mémés quand elles entrent sur le carré, et à leur sortie, au micro, leurs réponses vont avec l'ensemble : professionnelles oui, mais généralement fadasses. Vivement la RLM, mardi, pour nous remettre en avant.
OYE OYE BONNES GENS !
De nouveaux albums sont en ligne !

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